Beaucoup de choses se sont passées depuis que Julian Grimm (27 ans) a obtenu son brevet de maîtrise en menuiserie à Stuttgart il y a cinq ans. En 2016, il s'est mis à son compte dans un petit atelier de 150 m², équipé des machines standard les plus importantes. Aujourd'hui, son équipe compte huit collaborateurs et collaboratrices, et l'atelier a lui aussi bien évolué : depuis janvier 2019, c'est dans un superbe hall de production neuf à Fellbach, près de Stuttgart, que sont créés meubles et agencements intérieurs. Au cours de notre entretien, il se réjouit : « Dès le premier jour, notre carnet de commandes était plein, nous ne connaissons pas les temps morts. »
« J'avais tout simplement besoin de tout »
Au début de son activité, Julian Grimm a suivi en parallèle une formation complémentaire de gestionnaire d'entreprise artisanale. « Dans ce domaine, la formation de maître ne m'a tout simplement pas semblé assez approfondie. » Car malgré tout son amour et sa passion pour le métier de menuisier, il est évident pour le jeune entrepreneur qu'une activité indépendante doit aussi être rentable financièrement.
Dès 2014, en vue de sa future installation, Julian Grimm s'était abondamment renseigné au salon professionnel Holz-Handwerk à Nuremberg. « Je suis parti de zéro. En d'autres termes : j'avais tout simplement besoin de tout. » Il entend par là, par exemple, un parc de machines complet, en se concentrant sur les machines standard habituelles : scie circulaire à format, toupie, raboteuse-dégauchisseuse, scie à ruban, etc.
Conclusion de ses recherches : « J'ai visité diverses entreprises et, bien sûr, j'ai regardé beaucoup de choses. Certains fabricants ne m'ont absolument pas pris au sérieux, ni moi ni mon projet. J'étais quelqu'un qui voulait démarrer de zéro avec un équipement complet, et beaucoup n'ont pas vraiment voulu y croire. »
Le début d'un partenariat technologique
L'approche du fabricant de machines autrichien Felder a été totalement différente. Julian Grimm explique : « Ils m'ont écouté très attentivement et se sont pleinement investis dans mon projet. En collaboration avec l'équipe de la succursale Felder à Bretzfeld, j'ai alors constitué un bon équipement de départ en machines standard pour lancer mon activité. » Pour des raisons financières, il y avait parmi elles quelques machines d'exposition et, bien sûr, il n'a pas opté pour les équipements les plus haut de gamme pour toutes les machines. Au final, il disposait d'une configuration de départ solide. Et, pour anticiper un peu la suite : ce premier contact, si important et décisif pour lui, a été le début d'un partenariat technologique ouvert et fidèle qui perdure encore aujourd'hui.
Un démarrage sur les chapeaux de roue
Le coup d'envoi de la production dans le premier petit atelier, situé dans le quartier de Schmiden à Fellbach, a été donné le 2 mai 2016. Trois mois plus tard, le premier apprenti rejoignait Grimm. En octobre de la même année, Werner Schleehauf, un maître menuisier expérimenté, venait compléter l'équipe, et en décembre, le deuxième apprenti arrivait. Lorsque le troisième apprenti menuisier a enrichi l'équipe en août 2017, les 150 m² sont devenus sensiblement trop étroits. Julian Grimm raconte : « Il était clair que nous devions faire quelque chose si nous voulions continuer à grandir. »
Aussitôt dit, aussitôt fait : Grimm a réussi à acquérir un terrain de 1200 m² auprès de la ville de Fellbach et a construit en 2018 un hall de 900 m², dont la moitié est consacrée à l'atelier. Cette étape s'est accompagnée d'investissements dans les machines et les équipements d'exploitation. Là encore, Grimm s'est appuyé sur le partenariat avec le groupe Felder, qui avait fait ses preuves depuis plusieurs années.
Un investissement pour l'avenir
Avec l'emménagement dans le nouveau hall en décembre 2018, une CNC 5 axes de type Format-4 H350 ainsi qu'une plaqueuse de chants entièrement commandée Tempora 60.06 L sont venues compléter le parc de machines. Particularité de la plaqueuse de chants : en plus d'un bac à colle thermofusible, elle est équipée de l'agrégat à air chaud AdvantEdge. Cet agrégat breveté permet l'usinage de chants laser pour un aspect sans joint. Il est commandé par la pièce et peut être activé ou désactivé directement depuis le pupitre de commande. Julian Grimm précise : « Aujourd'hui, nous utilisons à 90 % des chants laser. Dans des cas particuliers, par exemple lorsqu'une très haute résistance à l'humidité est requise, nous utilisons de la colle thermofusible PUR. » De plus, la Tempora se distingue par ses dimensions très compactes.
La technologie CNC était un territoire totalement nouveau pour Julian Grimm. Ainsi, le cinquième axe n'est pas encore aussi utilisé que le maître menuisier le souhaiterait. « Mais c'est un domaine dans lequel nous voulons passer à la vitesse supérieure et structurer notre flux de travail de manière continue, de la conception CAO jusqu'à la CNC. » D'ailleurs, chaque membre de l'équipe, y compris les apprentis, sait utiliser la CNC.
Un fabricant polyvalent de meubles et d'agencements intérieurs
La menuiserie travaille majoritairement (80 à 85 %) pour une clientèle privée. Environ deux tiers des matériaux usinés sont des panneaux, mais le bois massif et d'autres matériaux jouent également un rôle important. Grimm ajoute : « Nous laquons beaucoup et nous expérimentons de plus en plus avec des surfaces à effet. Sur ce point, les experts du fabricant de vernis Adler nous accompagnent et nous soutiennent régulièrement avec leur équipe de conseillers compétents. »
En matière d'assemblages de meubles, la menuiserie a opté pour une combinaison de Lamello Clamex ou Tenso (selon le cas) et de tourillons.
Julian Grimm n'est pas partisan de donner à ses menuisiers des listes de débit et des instructions de travail toutes prêtes qu'ils n'ont plus qu'à exécuter. « Une fois qu'un projet est finalisé, j'en discute d'abord de manière intensive et détaillée avec le collaborateur qui réalisera ensuite la commande de A à Z. Cela implique aussi qu'il ou elle planifie et organise entièrement le déroulement du travail. D'une part, cela génère très peu de questions en retour, et d'autre part, je considère que c'est une source de motivation importante. »
« Il ne faut pas rater le virage du numérique »
Naturellement, j'interroge également le jeune entrepreneur sur sa perception du numérique et le rôle qu'il joue dans sa menuiserie. « Le numérique est très important et il ne faut pas le rater. Nous avons encore une belle marge de progression à ce niveau. Cela concerne surtout la continuité des données, de la conception à la CNC. » Dans d'autres domaines, Grimm exploite déjà largement les possibilités du numérique : lors de la prise de cotes, il réalise systématiquement des photos à 360° des lieux. Dans les dossiers de commande numériques, il les complète avec des informations utiles garantissant un déroulement fluide du projet. « En plus des images, je commente et j'indique, par exemple, où il est facile de se garer ou les dimensions maximales d'un meuble pour qu'il puisse passer dans la cage d'escalier. L'objectif est que mes collaborateurs puissent bien planifier et sachent exactement ce qu'il y a à faire et à prendre en compte. »
Dans ce contexte, Grimm prévoit d'équiper prochainement certains collaborateurs d'iPads. Ils pourront non seulement y trouver toutes les informations relatives aux commandes, mais aussi créer eux-mêmes un rapport de montage, effectuer le pointage numérique de leurs heures ou encore poser des questions au chef d'entreprise ou à leurs collègues. Si le système fait ses preuves, toute l'équipe devrait travailler de cette manière à l'avenir.
Le relevé de cotes numérique est un autre sujet pour Julian Grimm. « Ce sera certainement une question à aborder dans le cadre de la continuité des données. Mais nous sommes une jeune et petite entreprise, et nous ne pouvons évidemment pas tout gérer et financer en même temps. D'autant plus que nous avons beaucoup de travail. Chaque chose en son temps. »
Un employeur prisé par les jeunes
Julian Grimm ne connaît pas la pénurie de jeunes talents : « Je reçois chaque semaine deux à trois demandes de jeunes qui souhaitent faire un apprentissage chez nous. Le mot s'est visiblement passé que nous sommes une équipe pragmatique et engagée, misant sur des technologies innovantes et tendance. »
Pour l'avenir, l'important pour Julian Grimm n'est pas la croissance à tout prix. Il souhaite plutôt consolider durablement son entreprise en tant que marque et incarner « un artisanat et un design de qualité à un prix juste ».